LES CHATS DANS L'ART

LES CHATS DANS L’ART

Avec une population estimée à plus de 400 millions de spécimens à travers le monde, le chat figure parmi les animaux domestiques les plus populaires au monde. Selon une étude récente, 28% de Français en possèdent un. Mais pourquoi ? Qu'est-ce que nous trouvons de si attirant chez le chat ?

Depuis l’Egypte ancienne, le chat n’a cessé d’inspirer les artistes, cet article ne peut donc être exhaustif tant les références au félin sont nombreuses. Il s’agit avant tout de vous donner un aperçu du lien entre l’Histoire du chat et l’histoire de l’art.

Les chats

Il y a toujours eu des chats sur terre ainsi que le prouvent certains fossiles qui remontent à des milliers d'années. C'est la civilisation Egyptienne qui a, la première, domestiqué le chat. Il est alors un symbole de protection fort, apprécié pour sa capacité à chasser les rats, souris, mulots, oiseaux, serpents… protégeant ainsi les réserves de grains, évitant la propagation de maladies graves (comme la peste) et sécurisant les habitations. Les chats sont si importants que, lorsqu'ils meurent, leur famille d'accueil se rase les sourcils en signe de deuil. 

Momie chat egypte louvre 1Momie d'un chat retrouvée dans un tombeau, près du sarcophage de son propriétaire

Les symboles sont omniprésents dans l'art égyptien et le chat devient très vite une représentation divine témoignant de la place qu’il occupe en Egypte plus de 2 000 ans avant J.-C. Isis et Ra sont fréquemment représentés sous la forme d’un chat. Bastet, protectrice de l’humanité, déesse de la tendresse et de l’amour, était quant à elle représentée avec une tête de chat surplombant un corps de femme.

BastetArtiste inconnu – Photo par Daderot

Bastet bronzeBASTET - bronze - Anonyme

Chez les Grecs, à l'époque d'Hérodote, ce sont les serpents et les furets qui protègent les récoltes de blé. Les Grecs n'ont pas besoin de chats et ils ont une nette préférence pour le chien. Ce n'est que vers la fin du 1er siècle après JC que le chat connaît une certaine popularité en Grèce, suite à l'invasion romaine. Le chat est l'un des compagnons les plus appréciés des soldats romains, qui les emmènent partout avec eux tout au long des conquêtes impériales. Certaines légions romaines arborent son effigie sur leur bannière. Toutefois le chat n'est pas un animal très fréquent dans l'antiquité romaine, excepté dans la haute société, directement influencée par l'Orient et la culture égyptienne. De plus, Jules César souffre d'ailourophobie - la phobie des chats !

Chat romain

Emblème central d'une mosaïque de sol représentant un chat .

Oeuvre romaine de la fin de l'époque républicaine, premier quartier du Ier siècle av. J.-C.

A partir du Moyen Âge commence une sombre période pour les chats, certains n'hésitant pas à les faire exterminer sous prétexte qu'ils seraient malfaisants et diaboliques. Une bulle papale de 1233 stipule en effet que les chats noirs sont les serviteurs du Diable. Plusieurs siècles de haine envers les chats s'ensuivent. Dans " le roman de la Rose", Guillaume de Lorris le décrit comme « chat-huant à grosse-tête, ce prophète de malheur, hideux messager de douleur ».

De ce fait, les peintures médiévales contiennent des représentations de chats horribles, terrifiants et particulièrement laids…

 

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Pendant L’inquisition, de nombreux chats périssent dans des bûchers collectifs avec les hérétiques, les sorcières et les assassins, notamment pour la nuit de la Saint Jean.

Au début de la renaissance, Michel de Montaigne, Joachim du Bellay et, entre autres, Léonard de Vinci se permettent d’évoquer leur admiration pour le chat. De Vinci nous dit d’ailleurs : « Même le plus petit des félins, le chat, est un chef-d'œuvre ».  Il a réalisé plusieurs dessins sur lesquels apparaissent un ou plusieurs chats : Étude du mouvement des chats (vers 1513) ou Étude pour la Madone au chat (vers 1480)

 Leonardo da vinci800px leonardo da vinci study for the madonna of the cat recto Dans le célèbre tableau de Veronese, les Noces de Cana (1563), même si les chiens sont plus nombreux, on peut apercevoir un chat en train de se faire les griffes sur l'une des jarres.

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Dans son triptyque « Les tentations de saint Antoine » (1450-1516), Jérôme Bosch, peintre de la renaissance flamande représente  des animaux effrayants, le chat symbolise le démon, reflétant la vision des animaux dans les sociétés de cette époque. Le chat n’est donc pas encore totalement réhabilité à cette époque !

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Entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe, les chats voient leur nombre s’accroître dans toute l’Europe.

Il faut attendre la fin du XVIIème siècle pour que cette sinistre période de « la peur brûlée prenne peu à peu fin. La peste n’a jamais vraiment disparu depuis le Moyen-Age et le chat a pu réhabiliter son image en jouant un grand rôle dans la régulation du nombre de rongeurs, notamment sur les navires transportant les denrées alimentaires.  De plus, écœuré par les traditions religieuses, Louis XIV ordonna de cesser l’extermination de chats lors des célèbres feux de la Saint-Jean .

En 1695, Charles Perrault fait paraitre son célèbre conte « Le Maître chat ou le Chat Botté ». Il relate l’histoire du plus jeune fils d’un meunier qui hérite du chat de son père. L’ambiguïté de la véritable morale de ce conte est sujet à discussions. Pour certains, ce conte présente un discours immoral selon lequel les mensonges et les apparences valent mieux qu’un effort laborieux pour parvenir à ses fins. Très rusé, le chat apparait bien plus débrouillard que son maître paresseux. Ce conte a connu très grand succès et, bien qu’étant un escroc, le chat peut paraitre sympathique à bien des égards.

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Haï et torturé durant de nombreuses années, le chat va obtenir un statut bien différent du passé grâce au siècle des Lumières (début du XVIIIème siècle) .

 A cette époque, le suisse Gottfried Mind (1768-1814) le  ̈Raphaël des chats ̈ dédie des toiles entières à cet animal et il en sculpte même dans des marrons .

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Jean-Baptiste  Oudry  (1686-1755),  aimait  dessiner  des  chats  les  associant  à  des  animaux  chasseurs  qui  coexistaient  avec  le  gibier.

Oudry

En musique, on retrouve le ̈chat orchestre ̈ dans de nombreux livres pour enfants et affiches ; il apparait tantôt chef d’orchestre, instrumentiste ou ténor . Les musiciens se déguisent même en chat pour assurer leurs performances.

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Juste après la révolution française, le chat devient alors le symbole de la liberté ; On le retrouve dans l’Iconologie ̈ de Gravelot et Cochin (1791) sur une planche nommée « liberté ».

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A partir du XIXème siècle, le chat devient le compagnon d’un grand nombre d’écrivains. Chateaubriand dans « Mémoires d’outre tombes », écrit : «̈J’aime dans le chat ce caractère indépendant et presque ingrat qui  le  fait  ne  s’attacher  à  personne,  et  cette  indifférence  avec  laquelle  il  passe  des  salons  à  ses  gouttières  natales ». 

Théophile Gautier considère le chat comme un assistant : « Les chats se plaisent dans le silence, l’ordre et la quiétude et aucun endroit ne leur convient mieux que le cabinet du littérateur ».

Stéphane Mallarmé voue une véritable adoration pour sa chatte : « J’ai une adorable maîtresse toute blanche et qui s’appelle Neige. C’est une chatte de race, jolie, et que j’embrasse tout le jour sur son nez rose. Elle efface mes vers avec sa queue, se promenant sur ma table pendant que j’écris ».  

Charles Baudelaire entretenait avec les chats une passion dévorante. Les Fleurs du Mal ̈ (publiées en 1857) regorgent de poèmes consacrés au chat : « Viens mon beau chat, sur mon cœur amoureux, Retiens les griffes de ta patte, Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, Mêlés de métal et d’agate. »

En peinture, les représentations du chat sont abondantes.

Gustave Courbet (1819-1877), dans « L’Atelier du peintre » (1855), met en scène son petit chat blanc, facétieux et joueur, au centre de la toile.

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Auguste Renoir (1841-1919) représente un chat se délectant dans les bras de Mme Manet dans le portrait intitulé « Julie Manet ».

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 Dans le célèbre « Olympia » d’Edouard Manet (1832-1883) se cache un chat noir que le peintre affectionne tout particulièrement. Même si vous connaissez cette toile, peut-être n’avez-vous jamais remarqué ce petit chat ?

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Théodore Géricault (1791-1824) fait du chat l’unique objet de son tableau « Le chat blanc   qui se repose ».

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Il est intéressant de constater que, dans la peinture du XIXème siècle, le chat est un animal de scène d’intérieur qui symbolise un foyer heureux, chaleureux et accueillant. C’est sans doute pour cette raison que le chat a été utilisé à des fins publicitaires.

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Au XXème siècle, la fascination pour les chats est toujours aussi fervente. Parmi les écrivains, c’est sans doute Colette qui exprimera le plus son affectation pour cet animal qu’elle évoquera dans de nombreux ouvrages.

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Pour les artistes-peintres, le chat reste également une grande source d’inspiration.

Pierre Bonard (1867-1947 ) souligne leurs traits, leur élégance et leur grâce dans des œuvres comme « La petite fille au chat ».

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Et tant d’autres,

« Paris par la fenêtre » de Marc Chagall (1887-1985)

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« Femme au chat » de Fernand Léger (1881-1955)

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En 1954, Andy Wahrol publie une édition limitée d’un livre de lithographies d’artistes colorées à la main appelé « 25 Cats Name Sam et One Blue Pussy » (25 chats appelés Sam et un Blue Pussy).

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Leonor FINI (1908 - 1996) vit avec dix sept chats et s'en inspire dans ses peintures. Les chats évoluent dans son salon (chats persans, blancs, chats de gouttière, chats noirs, chartreux etc...).

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Aujourd’hui star de réseaux sociaux, le chat fait le buzz, se partage, nous fait (sou)rire ou nous attendrit. Les photos amusantes de chats, déguisés ou mis en scène dans des situations humoristiques, étaient déjà populaires au XIXème siècle : en 1870, le photographe Harry Pointer a fait figurer des chatons humanisés, jouant à la corde à sauter ou enfourchant des mini chevaux.

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L’artiste Svletana Petrova a récemment fait le buzz en détournant de nombreuses œuvres picturales en y intégrant son énorme chat roux, Zarathoustra.

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En conclusion, le chat n’a jamais laissé indifférents les hommes, tantôt divinité bienveillante tantôt créature démoniaque et d’animal sacré à animal de compagnie.

Aujourd'hui, il est réputé pour favoriser notre bien-être et pour faire du bien au moral. Cependant, des superstitions subsistent: qui n'a jamais entendu dire que croiser un chat noir portait malheur ?

le chat a toujours eu une place prépondérante dans l'art, qu'il soit la pièce centrale de l'œuvre, ou qu'il soit simplement un élément faisant partie de l'arrière-plan. Ami et parfois même muse des artistes, sans doute parce que comme l’a écrit Ernest Hemingway : « Le chat est d'une honnêteté absolue : les êtres humains cachent, pour une raison ou une autre, leurs sentiments. Les chats non. » 

par Fred Fontaine

pour PROMETHEAS

 

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